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Des mots pour faire bio

Les mots ne jouent que le jeu de la sincérité de l'instant. Le jeu de tenter de dire se dénude de ses pensées fonctionnelles - non pour les négliger spécifiquement mais pour porter notre attention à l'authentique de la nudité.

Le subtil éclot de l'élémentaire

L'élémentaire, dans le temps, est devenu grand-père. Calé, calme dans un fauteuil, taiseux, il regarde autour les agitations, les priorités qui se cooptent indéfiniment sans répit. Il contemple avec bienveillance l'étendue des dégâts. Il n'a pas souhait à intervenir, il n'en a pas les moyens, juste il sait une autre voie, discrète et pourtant lumineuse. Pour qu'il la dise encore faudrait-il l'interroger. Il peut parler mais sa voix est faible. Il peut dire ce que lui enseigne toute sa retenue mais dans le silence, dans l'attention, dans le silence attentif seulement. Il serait plus facilement audible si l'on cessait un peu nos gesticulations à visées efficientes et rentables. Si il s'exprime tout de même, si il parle en mots simples, doux et bas, au son de l'humilité, juste à suggérer, à ouvrir l'esprit, à le fortifier dans sa lutte avec le temps ; on pourrait l'entendre, être sensible à la nuance, considérer le cœur de son propos : le soi n'a de valeur que par sa capacité à savoir offrir et partager.

J'aurais passé ma vie à progresser sur le chemin du résumé, l'entité ultime qui est le puits où frémit la réjouissance de la vie. Je crois à la légèreté, à la gratuité, au don simple et profond comme le bruit du vent dans l'immense. J'aspire à la joie pure, je consacre l'essentiel de mon temps à cette aspiration. Il est grand temps… Les compteurs ont tourné en récurrentes saisons retrouvées ; chaque an la laisse de la mer offre un autre décor, le vivant végétal porte dans son panache les marques des soleils, des pluies, des souffles qui appartiennent au passé et font le décor du jour. Je regarde chaque printemps, j'éprouve la saison à la résonance des délicatesses que l'on se partage, elle à resplendir, moi à m'en ébahir. Alors oui le compteur tourne, indubitablement, il est largement l'heure d'incarner sa prétention d'être. Il est temps d'exhiber les contours, mêmes flous, de l'éprouvée jubilation.

Il n'y a pas de prétention dans ma proposition, juste l'éclosion d'une émanation de fleur, juste l'envie de déposer dans les airs ces éclats, ce cru. Le confier, juste parce que le vent fait voyager le pollen et quand il passe de nouveau, il s'y colore aux reflets des fleurs dont il a déposé là le pollen.

La vie n'est pas dangereuse, seule la crainte qu'elle le soit ou le devienne l'est. Nous sommes si pervertis, que cette connaissance, claire et pure, ne peut le demeurer dans les imbroglios de nos compromis d'Être à plus qu'un. Pourtant, je le crois, la vérité crue éclot de la simplicité, de l'élémentaire. Comment dire l'état d'Être ? Celui auquel la lumière du jour offre l'immensité des possibles, où il n'y a pas à faire de choix, où l'idée de profit n'est ouverte que sur le Bien partagé ? Comment dire, donner à sentir, la voie qui s'ouvre juste, vaste et blanche en un rêve de confiance ? Probablement pas à la décrire, probablement juste à la vivre, ici à tenter d'agencer les mots pour en faire un parfum - effluve partielle et fatalement déliée dans l'immensité des senteurs - et là, à ouvrir ces images d'un pudique intime vagabondage.

A avoir avancé, à suivre mon propre chemin, en tentant de préserver le plus possible l'unique qui m'anime (cet enfant que je visite souvent comme il m'avait fait cette promesse - qu'il tient - de me visiter aussi), à force de temps, mon parcours s'enchaine, mes ans me dessinent. A avoir tracé une route, cette route sans prétention, avec une humilité vécue, sans autre désir que de partager le Bien, je n'ai pas fait suffisamment de concessions pour négliger la mémoire de tout mon temps. Sur ce chemin sifflotant, j'ai délaissé - le plus possible - les tracas du monde, leurs ronflements, leurs alarmes, j'ai pris le large, pas bien loin mais pas dans le flot ; plutôt dans le contre courant où on sent bien que ces masses d'eau, si elles emportent et portent, ne savent pointer en elles le subtil des vérités élémentaires. Barbotant, je n'ai qu'une obsession : le résumé - singularité primordiale, simple attrait de la manifestation tangible de l'énergie : la Lumière.

Chacun fait son chemin, chacun juge de son équilibre, de la façon dont il s'expose à l'altérité, dont il s'accorde des possibles, chacun fait comme il peut. A chacun de trouver la voie franche de sa Puissance. A chacun d'en incarner l'essence. A chacun la beauté de son essence. A chacun son souffle, sa respiration. A chacun ses pleins poumons.

C'est dans cet état de temps que j'ouvre ma cache aux trésors.

JLR

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